LITUANIE (RÉPUBLIQUE DE)


LITUANIE (RÉPUBLIQUE DE)
LITUANIE (RÉPUBLIQUE DE)

LITUANIE RÉPUBLIQUE DE

La situation géopolitique de la Lituanie, qui appartient davantage au sous-ensemble est-européen qu’au sous-ensemble nord-européen, diffère de celles de la Lettonie et de l’Estonie, mais, comme les deux autres États Baltes, la Lituanie tente encore en 1995, quatre ans après la restauration de son indépendance, d’éliminer les séquelles de l’occupation et les incertitudes qui en découlent. Elle bénéficie d’un atout de stabilité dont ne disposent pas ses deux voisins: la composition de sa population. En effet, les russophones qui ont immigré en Lituanie pendant la période soviétique sont moins nombreux. Les Russes ne représentent que 9 p. 100 de la population totale (20,2 p. 100 à Vilnius, 28,2 p. 100 à Klaipeda et 64,2 p. 100 à Ignalina). En conséquence, la Lituanie a adopté une loi permettant de donner la citoyenneté lituanienne à tous ceux qui résidaient dans le pays au moment de l’indépendance. Les revendications russophones n’y ont pas pris l’ampleur que l’on connaît dans les deux autres États Baltes et les pressions de la Russie à cet égard ne constituent pas une menace. En revanche, Moscou a été confronté à l’opposition politique radicale de Vytautas Landsbergis, président du Soviet suprême d’avril 1990 à octobre 1992. Malgré un retrait des troupes russes du territoire lituanien finalement effectif le 31 août 1993, un an avant le retrait de Lettonie et d’Estonie, la question du transit militaire, via la Lituanie, entre la Russie et son enclave de Kaliningrad, qui est sa principale fenêtre sur la Baltique, n’était que momentanément réglée à l’été de 1995: la Lituanie a finalement prolongé le droit de transit qui prévalait au moment du retrait des troupes russes d’Allemagne, en contrepartie de quoi la Russie, qui refusait jusqu’alors de doter la Lituanie du statut de la nation la plus favorisée le lui a accordé en janvier 1995. Consciente du fait que les risques d’instabilité venaient aussi du sud, la Lituanie a tenté de développer ses relations avec l’Ukraine et la Biélorussie (50 p. 100 de son commerce extérieur se fait avec les États de la C.E.I.). Avec la Pologne, elle a signé en avril 1994 un accord d’entente et de coopération permettant d’apaiser les relations entre les deux pays, qui étaient tendues du fait des revendications culturelles de la minorité polonaise. Cette dernière représente au total 7 p. 100 de la population lituanienne, dont 23,8 p. 100 dans la région de Trakai, 63,5 p. 100 dans la région de Vilnius et 79,6 p. 100 dans celle de Sal face="EU Caron" カininkai, dans le sud du pays. Cependant, depuis son indépendance, la Lituanie a surtout cherché les garanties de sa sécurité dans les institutions occidentales et notamment européennes. Elle s’est engagée dans le Partenariat pour la paix le 27 janvier 1994 — ce que la Russie, qui s’oppose à l’intégration des États Baltes dans l’Organisation du Traité de l’Atlantique nord, a dénoncé. Elle est ensuite devenue membre associé de l’Union de l’Europe occidentale le 9 mai 1994. Elle a aussi signé le 21 mars 1995 le Pacte de stabilité en Europe né de l’initiative du Premier ministre français Édouard Balladur et lancé par l’Union européenne en 1994. Ce rapprochement ne signifie pas nécessairement que la Lituanie trouvera les garanties de sécurité qu’elle recherche. Aucun État de l’Union européenne ne s’est engagé à soutenir autrement que politiquement les pays Baltes en cas de conflit sur leur territoire. Les pays nordiques ne sont pas prêts à abandonner leur neutralité. Ce rapprochement correspond en revanche à une volonté européenne ferme de contribuer à la stabilité d’une région avec laquelle elle partage aujourd’hui l’une de ses frontières et dont elle maîtrise d’autant plus mal l’évolution qu’elle fait partie aux yeux de Moscou du «proche étranger» russe. En vue d’une coopération plus approfondie que celle qui a été engagée en 1992, l’Union européenne et la Lituanie ont signé le 12 juin 1995 un accord d’association englobant notamment l’accord de libre-échange signé le 18 juillet 1994 et entré en vigueur le 1er janvier 1995 et permettant à la Lituanie de participer au dialogue structuré que l’Union européenne a engagé avec les pays d’Europe centrale et orientale déjà associés. Depuis l’indépendance, la scène politique lituanienne a connu trois alternances. Après sa victoire en avril 1990, Vytautas Landsbergis s’est trouvé en proie aux querelles internes au Sajudis (Front populaire lituanien qui a conduit le pays à l’indépendance) et a politisé de manière excessive les premières années de liberté aux dépens des réformes économiques. Il a perdu la confiance des Lituaniens qui lui reprochaient notamment de ne savoir ni maîtriser l’inflation ni lutter contre la pénurie de combustible et la chute de la production consécutive à la rupture des circuits d’approvisionnement de l’ex-U.R.S.S. Le 23 mai 1992 ils ont refusé son projet de Constitution qui prévoyait un système présidentiel fort et qui, adopté, aurait été l’équivalent d’un plébiscite de fait. Le 14 février 1993, ils ont élu Algirdas Brazauskas – dont le Parti démocratique du travail avait remporté les élections du Seimas (Parlement), le 23 octobre 1992 – président de la République. Mais ce dernier a subi le même sort lors des élections locales du 25 mars 1995, quand, son parti n’obtenant que 20 p. 100 des voix, a été devancé par la nouvelle coalition menée par Vytautas Landsbergis, conservateurs-Union de la patrie, active dans l’opposition et qui a remporté 28,8 p. 100 des voix. Les chrétiens-démocrates ont obtenu 16,6 p. 100 des voix, les sociaux-démocrates 4,8 p. 100 et enfin l’Action des Polonais de Lituanie 4,6 p. 100. Atteignant encore 189 p. 100 en 1993, le taux d’inflation a pu être ramené à 45,3 p. 100 en 1994. Le litas avait été introduit le 25 juin 1993 après une difficile sortie de la zone rouble en octobre 1992 lorsque fut introduit le talonas qui ne devait être que temporaire. Malgré une production industrielle en diminution constante (— 8,5 p. 100 en 1994), la croissance du P.I.B. a été estimée à 3,5 p. 100 pour 1995. La Lituanie subventionne son agriculture (11,2 p. 100 du P.I.B. et 22 p. 100 de la population active) et a instauré des barrières tarifaires pour protéger ses produits agroalimentaires. La Banque mondiale qui le lui a reproché a aussi dénoncé l’absence de mesures concrètes dans les secteurs bancaire et énergétique. En revanche, les privatisations ont été effectuées à un rythme plus soutenu qu’en Lettonie et qu’en Estonie (la production du secteur privé était estimée à 50 p. 100 du P.I.B. en 1994). Mais le système fiscal trop lourd pour les entreprises et le faible montant des investissements étrangers ont quasi anihilé le dynamisme que les privatisations auraient dû engendrer. La législation lituanienne a manifestement été un frein au développement de la présence étrangère dans son économie. La Lituanie s’est cependant engagée à modifier sa législation — et même sa Constitution pour les questions de propriété de la terre — au cours de la période de transition qui aboutira à son association à l’Union européenne, en 1999.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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